Jeanne d’Arc n’est plus

Je commençais à prendre mes aises au Village. La terrasse accueillante du café de l’église me servait de nouveau repaire. D’ici je pouvais observer à loisir la place principale portant le nom d’un général (comme souvent les places principales, vous en conviendrez avec moi).
– « Vous avez entendu ? Jeanne d’Arc n’est plus ! » Me lança, d’une voix de baryton, le patron du café tout en me tendant celui que je venais de commander.  Je restais une seconde, un peu interdit, à le regarder.  J’étais nouveau ici, et je savais bien que je n‘étais sans doute pas au fait de toutes les traditions du coin. J’avais quand même un doute, Jeanne d’Arc ça faisait un petit moment qu’on entendait plus parler d’elle.
– « Vous vous rendez compte ? Quarante-cinq  ans de carrière ! » Me dit-il en repartant vers l’intérieur de son établissement. Là j’étais certains que je n’y étais pas du tout, parce que la pucelle de Domrémy, à ma connaissance, avait été rôtie à la bourguignonne sauce saxonne pour ses dix-neuf ans. D’ailleurs si on se souvenait d’elle depuis si longtemps, il y avait une raison. Jeanne d’Arc  était la seule personne, que le Pays ai jamais connu, à trouver un quelconque intérêt à Orléans et Reims et ça, c’était un vrai miracle…

Jeanne d’Arc n’était plus, je devais en savoir plus, alors j’allais chercher les infos. C’est comme ça au Village, un jeu de piste où il s’agit le plus souvent d’être mieux informé que son voisin de palier. C’est perdu d’avance bien-sûr, le moindre patron de bar vous le dira, mais il fallait se soumettre à la coutume locale ; c’était le lot de tout nouvel arrivant.

Le Télégramme, enfin me livra les informations que je cherchais. Il s’agissait d’un bateau ; le porte-hélicoptère Jeanne d’Arc, cette Jeanne-là, le très célèbre R97, faisait aujourd’hui sa dernière cérémonie des couleurs. Je décidais de creuser un peu, pourquoi ce vieux navire gris faisait-il parler de lui ?

Je n’eus pas à chercher bien loin. La « Jeanne », était un bateau de guerre bien-sûr, mais il avait aussi d’autres « savoir –faire ». Un Ambassadeur de France de cent quatre-vingt-un mètres de long et pesant un peu plus de treize mille tonnes en charge.  Quarante-cinq missions et l’équivalent, en milles marins, de quelques allers et retours sur la Lune à son actif. Admettez que ça vous pose une diplomatie pour la soirée  plus sérieusement qu’un Ferrero-Rocher. C’était inscrit là, un énorme palmarès. On avait fini, sur les quais du monde entier, par s’habituer à sa silhouette si particulière.

Depuis 1912, deux croiseurs et un porte-hélicoptère de la Royale ont été baptisés Jeanne d’Arc. Il était de tradition que se soit le bateau qui porte ce nom, qui soit le bâtiment école apte à former les jeunes officiers.  Une tradition qui prendra fin avec le R97, puisque les jeunes seront dorénavant formés sur un des deux (bientôt trois)  BPC.

Je regardais les dernières photos du bateau…
Le capitaine de vaisseau Augier, dernier pacha du R97, repartait avec le drapeau.
Mon cafetier avait raison, Jeanne d’Arc n’est plus ; et c’est pour longtemps.

Vous pouvez écouter : Jeanne d’Arc

L’Article qui va bien : Le télégramme

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~ par A. C. sur 03/09/2010.

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